Fabienne Guillemond (en bas, à gauche,) avec son équipe de recherche

Nous avons rencontré Fabienne Guillaumond, chercheur Inserm à l’occasion de la remise du « Prix var » par le comité du var de la Ligue contre le cancer. Les travaux de l’équipe de Fabienne Guillaumond, portent sur le cancer du pancréas. Ils consistent à étudier les changements métaboliques et à rechercher des cibles thérapeutiques des cellules tumorales qui vont altérer et bloquer le métabolisme des tumeurs pancréatiques.

Pierre Bégliomini : Fabienne Guillaumond, vous venez de recevoir le prix var 2018 de la part du Comité du var de la Ligue contre le cancer,  quels sont vos sentiments à cet égard ?

Fabienne Guillaumond : Je suis très ému et heureuse de recevoir ce Prix. je vais pouvoir poursuivre ma recherche sur le cancer du pancréas grâce, en partie, à ce prix, et ainsi continuer à essayer d’améliorer la qualité de vie et la survie des patients  atteints de ce cancer.  

Pierre Bégliomini : Ce cancer ne constitue t-il pas une tumeur particulièrement meurtrière dans l’échelle de dangerosité des cancers ?

Fabienne Guillaumond : Effectivement, le cancer du pancréas fait partie des cinq cancers les plus meurtriers. Il s’agit d’une tumeur très petite mais extrêmement agressive du fait  de ses caractéristiques anatomopathologique. Il faut savoir que 80% des patients qui sont diagnostiqués présentent déjà une tumeur localement avancée et métastatique qui, à ce jour, est incurable.

Pierre Bégliomini : Quel est le fonctionnement de cette tumeur ?

Fabienne Guillaumond : Cette tumeur très agressive est composée de cellules tumorales, mais également d’un environnement de cellules non tumorales que l’on appelle le stroma. Celui-ci crée une barrière qui va limiter l’accès des drogues, l’oxygénation et l’apport de nutriments aux cellules tumorales. Mais, malgré cet environnement très hostile à leur croissance, certaines cellules sont capables de résister et de se développer en modifiant leur activité métabolique . . Ces tumeurs possèdent une flexibilité métabolique qui leur permet de s’adapter à ces conditions extrêmes.

Pierre Bégliomini : Face à ces conditions extrêmes, en quoi consiste exactement vos travaux ?

Fabienne Guillaumond : Notre travail consiste à étudier les changements métaboliques de ces cellules tumorales pancréatiques, engendrés par cette faible teneur en oxygène et en nutriments.  A partir de ce constat, nous recherchons les cibles thérapeutiques qui, en association avec la chimiothérapie, vont altérer et bloquer le métabolisme de ces tumeurs et induire une régression tumorale et améliorer la qualité de vie des malades atteints de ce cancer.

Pierre Bégliomini : Pour l’instant, face à ce terrible cancer, il n’y a toujours aucun traitement, vous me le confirmez ?

Fabienne Guillaumond : Aujourd’hui, les traitements permettent seulement de prolonger la survie des patients de quelques mois et des efforts doivent être faits pour trouver des traitements plus efficaces.

Pierre Bégliomini : Concernant vos recherches, vous les testez sur des souris qui répondent favorablement, mais se rapproche-t-on des essais thérapeutiques sur l’homme ?

Fabienne Guillaumond :  Pour le moment, nous sommes toujours , effectivement, en phase de recherche appliquée, notre modèle étant  la souris (en opposition à la recherche fondamentale, ce qui est une avancée), on espère que nos recherches, portant sur l’adressage spécifique d’agents cancéreux à la tumeur, par le biais d’un acteur métabolique, aboutiront à des essais cliniques.

Pierre Bégliomini : Vos recherches représentent donc un nouvel espoir pour les malades atteints de cette maladie ?

Fabienne Guillaumond :  Oui, bien entendu, mais nos résultats obtenus chez la souris doivent être validés chez l’homme et le malade, et nous n’en sommes pas encore à ce stade.

Pierre Bégliomini : Combien de temps, est-ce- que cela se compte en années ou en dizaines d’années ?

Fabienne Guillaumond :  Comme je viens de vous le dire, je ne m’aventurerais pas à vous donner  un laps de temps, mais quelques années de recherche me semblent plus appropriées.

Pierre Bégliomini : Collaborez-vous avec d’autres équipes qui pratiqueraient des recherches similaires ?

Fabienne Guillaumond :  Nous collaborons,  d’une part, effectivement, avec d’autres équipes nationales qui travaillent aussi sur le cancer du pancréas et nous mettons, d’ores et déjà, tous nos efforts en commun et, d’autre part, notre équipe travaille avec une société privée qui développe des outils très prometteurs  permettant un ciblage spécifique de la tumeur par des agents d’imagerie ou thérapeutiques, ceci en vue d’améliorer le diagnostic  et le le traitement des patients.

Pierre Bégliomini : Comment se passe la recherche au quotidien dans vos laboratoires à l’Inserm de Marseille ?

Fabienne Guillaumond :  Concrètement, notre équipe au CRCM de Marseille, labellisée par la « ligue contre le cancer »,  s’intéresse au métabolisme tumoral pancréatique.  Elle est dirigée par Sophie Vasseur et j’ai été recrutée dans cette équipe, il y a deux ans. Je codirige au sein de ce groupe deux étudiants en thèse. Actuellement,  cette équipe est constituée de trois doctorants et d’un ingénieur d’études. Et nous travaillons sur cette recherche au quotidien.

Pierre Bégliomini : Comment financez-vous cette recherche ?

Fabienne Guillaumond : Notre financement dépend majoritairement d’associations caritatives telles que la Ligue contre le cancer, et j’en profite pour remercier le comité du var pour l’attribution de ce « Prix Var » à notre équipe.

Pierre Bégliomini :Il est, donc, important pour votre équipe de faire connaître vos travaux au plus grand nombre de professionnels de manière à drainer le plus de financements possibles ?

Fabienne Guillaumond : Tout à fait, et c’est au travers de journée comme celle-ci, que je vais promouvoir notre recherche et  la valoriser.

Propos receuillis par Pierre Bégliomini – journaliste multimédia

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